Infections sexuellement transmissibles : dépistage et traitement
- Proposer systématiquement la sérologie VIH avec un bilan IST complet.
- Chez les HSH :
→ Penser à dépister 3 sites : oropharyngé, anal et génital
→ Si multipartenaires : dépistage tous les 3 mois de VIH, Gonocoque, Chlamydia et Syphilis.
- Dépistage et traitement des IST : moyen le plus efficace pour limiter la transmission de l'infection par le VIH.
- Notification et traitement des partenaires des 6 derniers mois.
Prévalence élevée des infections sexuellement transmissibles (IST) chez les patients vivant avec le VIH (PVVIH).
Les IST favorisent la transmission du VIH. Le VIH peut favoriser l’expression des IST.
Pathogène responsable : Neisseria gonorrhoeæ
Dépistage / diagnostic par PCR Neisseria gonorrhoeæ
- Chez l’homme : sur 1er jet urinaire ou au moins 1 heure après la dernière miction
- Si présent : sur écoulement urétral (ne PAS FAIRE d'écouvillonnage intra-urétral)
- Chez le HSH : réaliser en plus un prélèvement pharyngé et anorectal
- Chez la femme : sur autoprélèvement vaginal ou prélèvement endocol
Demander culture en cas de prélèvement positif.
Traitement des urétrites, cervicites, anites et pharyngites non compliquées :
sans attendre le résultat si symptomatique
- CEFTRIAXONE 1 g en IM en dose unique
- En cas de contre-indication : voie IV, ou GENTAMICINE 240 mg en IM en dose unique
- A noter : l’AZITHROMYCINE N’EST PLUS positionné en alternative
Rapports sexuels protégés ou abstinence pendant 7 jours
Pas de contrôle de la PCR Neisseria gonorrhoeæ systématique ; recommandée à 14 j de la fin traitement avec réalisation d’une culture si :
- Utilisation d’une deuxième ligne de traitement
- Echec clinique à 72h
- Antibiogramme montrant une CMI > 0,125 mg/L pour la CEFTRIAXONE
Notification systématique aux partenaires :
- Si patient asymptomatique : examen clinique et test +/- traitement des partenaires des 6 mois précédents ou traitement d’emblée possible hors test pour les partenaires des 14 jours précédents
- Si patient symptomatique : traitement d’emblée possible hors test pour les partenaires des 14 jours précédents
Pathogène responsable : Chlamydiae trachomatis
Dépistage / diagnostic par PCR Chlamydiae trachomatis
- Chez l’homme : sur 1er jet urinaire ou au moins 1 heure après la dernière miction
- Chez le HSH : réaliser en plus un prélèvement pharyngé et anorectal
- Chez la femme : sur autoprélèvement vaginal ou prélèvement endocol
Si PCR+ sur prélèvement anal avec des signes cliniques (ténesme, émission de glaires ou de sang)
- voir “Lymphogranulomatose vénérienne”
Traitement des urétrites, cervicites, anites et pharyngites non compliquées :
sans attendre le résultat si symptomatique
- DOXYCYCLINE 100 mg x 2/j pendant 7 jours (en cours de repas, 1 heure avant le coucher, à distance des pansements gastriques)
- En cas de contre indication : AZITHROMYCINE 1g per os en 1 prise unique
Rapports sexuels protégés ou abstinence pendant 7 jours
Pas de contrôle de la PCR Chlamydiae trachomatis systématique
Notification systématique aux partenaires :
- Examen clinique et test +/- traitement des partenaires des 6 mois précédents
- Traitement d’emblée possible hors test pour les partenaires des 14 jours précédents
Pathogène responsable : Chlamydia trachomatis génotype L
- Population cible : HSH avec rapports anaux - 70 % des cas sont infectés par le VIH
- Clinique souvent bruyante anale (anorectite aiguë, écoulement muco-purulent) ou génitale (adénopathies inguinales puis abcès et fistulisation)
Dépistage / diagnostic par PCR Chlamydiae trachomatis
- Sur prélèvement génito-anal ou pus ganglionnaire
- Si présence de symptômes : faire réaliser le génotypage sur prélèvement
Traitement des formes symptomatiques :
- DOXYCYCLINE 100 mg x 2/j pendant 21 jours (en cours de repas, 1 heure avant le coucher, à distance des pansements gastriques)
- En cas de contre indication : AZITHROMYCINE 1g / semaine pendant 3 semaines
Rapports sexuels protégés ou abstinence pendant 7 jours
En cas de recours à un traitement de deuxième ligne : PCR Chlamydiae trachomatis systématique de contrôle à 4 semaines
Pathogène responsable : Treponema pallidum
Dépistage / diagnostic par :
- Sérologie Syphilis (ELISA) ou TPHA
- Si positive : complété au laboratoire par un VDRL ou RPR
Traitement (sans attendre le résultat si symptomatique) :
- Syphilis précoce = syphilis évoluant depuis moins d’un an DONT les syphilis primaires (chancre syphilitique, localisation génitale, anale ou oropharyngée), secondaires (manifestations cutanéomuqueuses) et latentes.
- BENZATHINE PÉNICILLINE G : 1 seule injection 2,4 millions d’unités en IM avec 1cc de xylocaïne non adrénalinée 1%
- Précaution compte tenu du risque anaphylactique : garder le patient 30 minutes et avoir une seringue d’adrénaline à disposition
- En cas de contre-indication : DOXYCYCLINE 100 mg x 2/j pendant 14 jours (en cours de repas, 1 heure avant le coucher, à distance des pansements gastriques)
- Femme enceinte :
- Prévenir réaction d’Herxheimer par paracétamol et prednisone 0,5 mg/kg la veille et les trois premiers jours de traitement
- Pas d’alternative thérapeutique, si allergie : prendre avis spécialisé
- Syphilis tardive = syphilis évoluant depuis plus d’un an ou statut sérologique antérieur inconnu DONT les syphilis tertiaires (lésions cutanéo-muqueuses ou viscérales) et latente tardive.
- BENZATHINE PÉNICILLINE G : 3 injections 2,4 millions d’unités en IM à 8 jours d'intervalle
- En cas de contre-indication : DOXYCYCLINE 100 mg x 2/j pendant 28 jours (en cours de repas, 1 heure avant le coucher, à distance des pansements gastriques)
- En cas de neurosyphilis : prise en charge spécialisée
Rapports sexuels protégés ou abstinence pendant 7 jours ET/OU jusqu’à cicatrisation du chancre si présent.
Contrôle de la guérison systématique
- VDRL ou RPR à 3 mois, 6 mois (divisé par 4 ou 2 dilutions) et 1 an : contrôle à 24 mois si PVVIH ou si encore positive à 1 an (peut rester positif à faible taux)
- En cas de réascension du VDRL d’un facteur ≥ 4 : probable recontamination à retraiter par le même schéma
- La sérologie reste positive et ne doit pas être utilisée pour surveiller une syphilis traitée
Notification systématique aux partenaires. Examen clinique et test +/- traitement :
- Aux partenaires des 3 mois précédents si syphilis primaire
- Aux partenaires des 6 mois précédents si syphilis secondaire
- Aux partenaire des 12 mois précédents si syphilis latente
Pathogène responsable : Herpès Simplex Virus 1 et 2
Dépistage / diagnostic : clinique (ou par PCR HSV 1/2 sur écouvillonnage d’une lésion)
Traitement :
- Primo-infection
- VALACICLOVIR per os 500 mg x 2 / jour pendant 5 jours, si immunocompétent ou PVVIH avec CD4>200/mm3
- VALACICLOVIR per os 1000 mg x 2 / jour pendant 10 jours, si immunodéprimé ou PVVIH avec CD4<200/mm3
- Pour les formes sévères (extensives ou progressives malgré le traitement oral), un traitement par aciclovir intraveineux peut être envisagé (avis spécialisé).
- Récurrences :
- VALACICLOVIR per os 2000 mg x 2 / jour pendant 1 jours, si immunocompétent ou PVVIH avec CD4>200/mm3
- VALACICLOVIR per os 500 mg x 2 / jour pendant 3 jours si femme enceinte
- VALACICLOVIR per os 1000 mg x 2 / jour pendant min 5 jours (ou jusqu'à guérison), si immunodéprimé ou PVVIH avec CD4<200/mm3
- Traitement suppressif :
- En cas de récidives fréquentes (> 4 à 6 par an), sévérité des épisodes, retentissement sur la qualité de vie, risque de transmission au partenaire
- VALACICLOVIR per os 500 mg x 2 / jour au long cours, à réévaluer tous les 6 à 12 mois, pour toute population
Rapports sexuels protégés ou abstinence jusqu’à guérison des lésions.
Pathogène responsable : Human Papillomavirus
- Proliférations bénignes cutanées ou muqueuse
- Différentes des proliférations malignes (carcinome) dues aux HPV à haut risque de cancer (HPV 16, 18, 31, 33, 35 et 45) : voir “prévention cancer” (lien “VIH en pratique”)
Dépistage / diagnostic : clinique par la présence de condylomes sur la sphère anale ou génitale
Pas d’indication d’analyse virale
Traitement :
Le traitement des condylomes n’est jamais une urgence
Chez les PVVIH, ne pas s’acharner à traiter des lésions externes profuses tant que l’immunodépression n’est pas contrôlée
- Traitement de première intention
- Lésions limitées en nombre et en taille : cryothérapie seule ou en bithérapie avec IMIQUIMOD
- Lésions nombreuses (> 10) ou étendues (> 1 cm2) : immunomodulateurs (IMIQUIMOD crème) ou cytotoxiques (PODOPHYLLOTOXINE 0.5% en solution)
- Traitement de 2ème intention (ou réfractaires)
- Laser, chirurgie, électrochirurgie
- Condylomes récidivants
- Acide trichloracétique (solution à 80-90%), 5-fluorouracile crème à 5% , photothérapie dynamique
Pathogène responsable : MPox virus
- Maladie virale très contagieuse due au Virus Mpox, présent sur tous les continents mais prédominant en Afrique
- Transmission par contact cutanéo-muqueux, en particulier lors des relations sexuelles, principalement chez les HSH et les femmes trans
- Clinique : lésions cutanéomuqueuses évolutives (érythème, vésicule, pustule, ulcération, croûtes) principalement localisées aux régions génitales, pelviennes et oropharyngées, souvent très douloureuses et inflammatoires
Dépistage / diagnostic :
- RT-PCR à partir d’un écouvillonnage des lésions cutanéo-muqueuses
- Réalisable en laboratoire de ville agréé ou centre spécialisé (se renseigner avant adressage)
Traitement :
- Il est réalisé en milieu spécialisé : isolement, recherche et vaccination des cas contacts
- Le traitement est symptomatique : antalgiques de palier 1 à 3 et désinfection des lésions, support alimentaire en cas de lésion oro-pharyngées très invalidantes
- Pas de traitement spécifique validé
- Contre-indiquer les anti-inflammatoires
- L’évolution est généralement spontanément favorable
- Maladie à déclaration obligatoire
Références
- Prise en charge médicale des personnes vivant avec le VIH et des IST. Recommandations groupe d’experts - Conseil national du sida et des hépatites virales
- Fouéré S, Cazanave C, Hélary M, et al. Update on French recommendations for the treatment of uncomplicated Neisseria gonorrhoeae infections. Int J STD AIDS. 2021;32(11):1081-1083. doi:10.1177/0956462421102302
- Prise en charge des patients infectés à MPox virus